Coder a énormément évolué/changé en 1 an.
Mon travail s'est vu transformé du tout au tout, ça a beau faire plus de 20 ans que je code, et le changement c'était un peu mon quotidien: nouveau langage, nouveau framework, nouvel os, etc.
Mais jamais mon quotidien n'a été autant modifié qu'aujourd'hui.
La nature même de mon travail ou de mes interventions a changé.
Là où l'on m'appelait essentiellement pour de l'implémentation à l'époque, désormais on fait appel à mes services pour du contrôle ou de l'expertise pure (vérification, challenger une architecture ou une implémentation) sur des périodes beaucoup plus courtes et beaucoup plus ponctuelles.
Après, je comprends, notre métier même a évolué et ce qui mettait 6 mois peut aujourd'hui être bouclé en quelques jours, donc on passera surtout du temps à contrôler mais le besoin réel en implémentation a chuté, d'où le recul du recrutement, du besoin de financement en R&D, ou du besoin longue durée en implémentation.
D'ailleurs aujourd'hui mes interventions ne se font plus réellement sur 6, 12 ou 24 mois comme c'était souvent le cas avant mais sur quelques semaines. De même j'interviens sur de plus petits périmètres, un objectif précis et souvent pour du contrôle ou de l'expertise.
Mes missions actuelles ressemblent plus à:
- On veut implémenter telle techno que tu connais pour faire telle feature, peux tu le faire en 1 mois
- On veut utiliser tel outil quelles sont les bonnes approches pour le faire
- Peux tu former mon personnel, mes équipes sur telle solution ?
- On a implémenté telle feature avec l'IA mais il y a beaucoup de changements, peux tu faire une passe de contrôle en quelques semaines
Donc oui, je fais bien moins d'implémentation qu'à l'époque et souvent, on m'appelle pour des choses que j'ai déjà vu, déjà fait où pour de l'expérience tout simplement.
Ce qui signifie que le marché actuel montre un besoin en recul concernant le développeur traditionnel.
Et là où je me dis que ce métier devient compliqué, c'est que tout ceux à qui on n'a jamais laissé une chance:
- les nouveaux diplômés
- les étudiants en recherche de stage
...Vont rencontrer énormément de frein pour accéder au marché de l'emploi.
Je le comprends tout comme je trouve cela dommage pour tous ces jeunes qui souhaite apporter leur pierre à l'édifice.
Mais je vais le dire avec toute la sincérité que je me dois d'avoir envers les plus jeunes (d'ailleurs je ne pense pas être le premier à tenir ce même discours): "Je ne recommande pas aux gens de se lancer dans le développement en 2026".
Je conseille d'apprendre à coder, je pense toujours que c'est important car cela permet d'avoir le contrôle sur ce que produit la machine, même si cette dernière va 1000 fois plus vite que moi, ce sont mes guidelines qui assurent le fonctionnement à la livraisons et je sais que si je le laisse faire sans mettre en place mes gardes fous, il fait juste n'importe quoi.
Mais entre apprendre à coder et vouloir en faire son métier il y a un monde.
Pour en faire son métier, il faut accepter que ce qui faisait autrefois votre avantage compétitif à savoir vos compétences logiques, aujourd'hui aucun des autres postulants sur le marché ne les possèdent car ils ont tout délégué.
Je m'en rends compte à mon niveau où le TJM basé sur la qualité de l'expertise devient un sujet pour la boite qui pense que mettre un junior a moitié prix + l'IA pour compenser ses lacunes c'est un choix équilibré sur la balance.
Ne croyez pas que je prêche pour ma paroisse si je dis non. Mais je pense que voir le code comme la finalité et non le moyen c'est se tromper de produit/service. Moi ce que je vends c'est la garantie que ça va marcher, ce que l'entreprise veut acheter c'est ce qui permet de faire marcher.
Je pense surtout que je ne vends pas la même chose ou qu'elle n'achète pas ce que je vends.
Donc on arrive à un marché où aujourd'hui j'ai 1 nouveau client pour 3 ou 4 anciens qui font de nouveau appel à moi parce qu'ils ont déjà travaillé avec moi et ont probablement été satisfait.
Maintenant, les résultats sont là: plus de 4 projets sur 5 qui dépassent le million d'ARR. Je pense que ce sont tous ces éléments qui font que je continue de signer des clients. Et que tant qu'on n'ouvre pas la porte aux nouveaux, on continuera à leur reprocher qu'ils n'ont pas l'expérience requise ou qu'ils n'ont pas suffisamment fait leur preuves.
Le serpent se mord la queue...
Mais je pense également, que la perte de savoir faire qui ne fait que grandir chaque jour au sein des boites se paiera tôt où tard.
Lorsque les services IA seront à prix d'or ou carrément coupé comme l'a plusieurs fois fait le gouvernement US, les sociétés réaliseront rapidement qu'elles ne disposent plus de la capacité de travail.